ILS ONT LES FLINGUES, NOUS AVONS LE NOMBRE (Un Poème Punk)

Création mars 2022

Opéra de Bordeaux/ Auditorium

 

 

UNE COLLABORATION RENAUD COJO /LE UN (ENSEMBLE UN)

PREAMBULE

 

Il est des rencontres qui échafaudent immédiatement des horizons aventureux vers lesquels l’Esprit de Création ouvre un paysage plein de promesse.

Portant depuis longtemps l’envie de produire un geste artistique entre le mouvement Punk, son histoire ancrée dans les mouvements sociaux de la décennie 70 et la puissance évocatrice  d’une musique improvisée et crée de toute pièce en temps réel (celui de la représentation), je découvrais il y a quelques années le travail des performers Annabelle Chambon et de Cédric Charron avant que d’appréhender la force des compositions de Un sous la direction de David Chiesa.

La somme de ces révélations, la performance comme signifiant physique de la force musicale et la langue punk, étaient les vecteurs de ce projet longuement mûri en d’autres temps en d’autres lieux.

Cette intention je l’envisage à présent comme une relecture du mouvement Punk condamné depuis quelques années à son historicité et sa théorisation (expositions récentes, conférences, rétrospectives). 

Il est ici une toile vivante, un poème nourri également des textes de Lester Bangs, de cette littérature à l’estomac dont le verbe agressif  vient redonner à l’ensemble son caractère manifeste.

 

LE UN

 

L'association Ensemble UN sous l'égide de David Chiesa est une structure de production, de diffusion et de réflexion des pratiques artistiques contemporaines et notamment celles liées à l'improvisation. Son activité est basée à Bordeaux métropole depuis 2014. Elle accompagne la création de projets et soutient leurs diffusions, notamment celui du UN, une société d'improvisation composée de 23 musiciens, 1 plasticien, 1 comédien et 2 cinéastes.

L'Ensemble UN collabore avec plusieurs structures aquitaines comme La Fabrique Pola, Einstein on the beach, Monoquini, Cie Jeanne Simone, Cie Les Marches de l'Eté dans le but d'élargir la visibilité de ces pratiques, d'inventer un modèle économique, de mutualiser la communication... 

Depuis 2019, elle initie et porte le Festival Uppercut dédié aux pratiques artistiques d'aujourd'hui.

En 2018, elle lance aussi le Label UNRec qui compte à ce jour 2 références mais qui a produit 3 autres albums sur les labels Casta, Helix Muzzix et Creative Sources.

 

EXTRAIT

 

J« Je commençais seulement à me rendre compte que j’arrivais à l’âge adulte dans les premiers jours naissants d’une ère nouvelle, où la littérature s’imprimerait sur P.Q, où les journaux télévisés deviendraient surréalistes, où es artistes de tous genres, partout, se sentiraient libres et heureux de se séparer de leur héritage, voire de l’ignorer, parce qu’il y avait plus de pertinence dans la gadoue giclante de la presse populaire, dans les cris gorge ouverte et les nasillements mécaniques du punk, dans les jungles intérieures chaotiques où nous nous jetions tous grâce à toutes les drogues imaginables, nous engageant dans ces abus volontaires et apparemment autodestructeurs de nos sensibilités dans le but pour chacun de nous trouver l’essence brute, indéfiniment maquillée, qu’il fallait chercher en dehors de toutes les écoles, méthodes, mécanismes sociaux et dispositifs d’auto assistance familiers. En d’autres termes, il nous fallait nous bousiller avant de pouvoir nous lever, rien n’était plus pertinent que ce qui paraissait hors de propos, et rien n’était moins pertinent que les Eternelles Vérités enfermant comme dans une boîte cette conscience vieille de 2000 ans ».

Lester Bangs In « Psychotic Reactions et Autres Carburateurs Flingués », Editions Tristram.

NOTE D'INTENTION RENAUD COJO

 

Peut-être aurai-je dû entamer une bouteille de Jack Daniels pour produire ici les quelques lignes de ma note d’intention. Des litres de Budweiser? Lester Bangs fut un grand amateur de bière tiède… et dont le foie tout entier baignait dans cet encre âcre mêlée d’alcool et de tabac blond.  Mais dans toute tentative de création l’on doit éviter au maximum de laisser les traces visibles de l’imitation. Le bouchon de bourbon restera donc fermé. Laissons ça aux metteurs en scène, ceux qui savent faire feu de tout bois et allumer les braises de plastique dans leurs décors boursouflés. Cela, je n’ai jamais su faire.

Il y a quelques années alors que nous étions en tournée avec un vieux spectacle qui faisait office de première partie d’Arno, le chanteur, ce dernier me confiait qu’il rentrait d’une longue série de concerts estivaux et qu’il lui arriva de passer en deuxième partie d’un célèbre groupe de métal de l’époque (Guns and Roses pour ne pas les citer)…  Quelle ne fut sa surprise de constater que, sur scène, leurs bouteilles de whisky étaient en fait remplies de thé pour donner la couleur,  l’illusion. Coller à un imaginaire. Faire semblant.

 Que dire de la scène si elle n’est pas dévastée ? On ne produit pas d’œuvre sans être intimement traversé par ce que l’on y vit et comment le corps est également un enjeu de vérité. C’est ce que je crois. Ici il s’agira d’un espace mental, une scène de concert dans laquelle mon corps de jeune adolescent a visité le punk et se souvient d’avoir un jour perdu ses oreilles. Verdict de l’othorino : « moins 50 pourcent dans les aigues ». Tout ça à cause des guitares d’ Andy Mc Coy ou « Cosmic Ted », l’homme-décibel d’Iggy Pop, lors de l’un de  ses célèbres shows, à la Salle des Fêtes du Grand Parc à Bordeaux, par un novembre blafard et fiévreux.

Il y a cet acouphène incessant, ce diapason bourdonnant dans les brûlots de Lester Bangs, cette vérité crue des moments vécus à l’écoute des disques et de l’époque qu’il chronique avec passion et rage. Moments chéris ou détestés. Mais toujours l’époque… Une scène d’époque donc.

Alors oui la présence d’un récit, le plus souvent désincarné de celui qui utilisait sa machine à écrire comme une mitraillette, popularisant le « gonzo ». Mélange de grande mégalomanie, d’érudition et de mauvaise foi assumée.

Lui, Je l’imagine travaillant dans son fauteuil éventré, seul, sans personne pour l’encourager. Il peut rester en pyjama sous sa vieille robe de chambre, cigarette au bec et bouteille à la main toute la journée. Personne ne s’en émeut. Il envie le musicien, ce type hyper sexué (Elvis a montré la voie), fièrement campé sur ses deux jambes, jeans troués, avec sa guitare plaquée contre son sexe, vers laquelle il envoie les assauts de son poing vainqueur et face  à un public en délire au sein duquel, un nombre incroyable d’adolescentes prêtes à jeter leurs petites culottes sur scène. Alors, oui le Rock-Critic le jalouse ce musicien, d’autant que ce même bonhomme avec sa cour de jeunes filles, ne serait probablement jamais devenu rock-star sans les papiers écrits sur lui, par ce même critique. La tentation sera trop grande, et le rock-critic se transformera de temps à autres en chanteur comme Lester le fut avec les Delinquents.

 

Le sexe ? Outre cette hypersexualisation de l’image du punk ou de la punkette, la notion de couple valorise en priorité la notion de danger, la barbarie plutôt que l’ennui, et une pratique sexuelle basée sur des rapports troubles voire limites.  De même,  la répartition des positions au niveau du processus de création procède d’un décalage entre hommes et femmes qui n’est pas vécu comme un décalage de sexe.

Alors oui, un couple, enfin un homme et une femme également sur scène, dont la présence serait d’abord le signe de l’évidence des corps réunis par l’expression d’une physicalité punk où l’exploration de l’espace où le mouvement et sa relation à la musique se joueraient du populaire et du contemporain. J’imagine aisément que les présences d’Annabelle Chambon et Cédric Charron puissent éclairer l’intuition et l’exigence de ce type de performance.  

 Il nous faut retrouver la frénésie et la colère, dans la tourmente des accords basiques  restitués par la dynamique composition musicale du projet.  L’écriture du spectacle mettra en équation actions et récits en agençant la musique comme personnage central et autour de laquelle les corps accompliront des rites vertigineux de débordements, de saillies, devenant tour à tour l’ombre d’eux-mêmes et la lumière de leurs propres aspirations. La sortie du tunnel.

Une logique de sensation plus que de significations. La mort n’est jamais loin.

Et puis la ville. Deux villes probablement. Detroit et Londres, berceaux de toutes les naissances et de tous les rêves avortés.

De la lumière froide, néons. Je pense irrémédiablement à la scène du Station to Station Tour (Isola 1976 Tour) que Bangs passa également en revue après avoir dit un jour qu’il n’aimait pas Bowie. Il changera d’avis justement, sous ces lumières blafardes, comme une révélation.

Il n’y a que les idiots qui ne changent pas d’avis.

ANNABELLE CHAMBON / CEDRIC CHARRON

 

Issus pour l’un, du CNSMD de Lyon et du Performing Arts Research and Training Studios pour l’autre, Annabelle et Cédric intègrent la compagnie Troubleyn / Jan Fabre en 2000.

En 17 ans de collaboration ils ont œuvré à toutes les créations majeures du flamand, de As Long As the World Needs a Warrior’s soul (2000) à Mount Olympus/ to glorify the cult of tragedy (2016).

Annabelle Chambon et Cédric Charron font partis de ces rares performeurs à qui Jan Fabre a dédié un solo, Preparatio Mortis (2010) pour Annabelle et Attends Attends Attends (pour mon père) (2014) pour Cédric.

Ils ont assisté Jan Fabre dans ses Masterclass depuis 2004 et ils sont à l’origine du Jan Fabre Teaching Group.

Par ailleurs, Annabelle et Cédric ont cosigné I promise this is the last time en 2015 et Tomorrowland en 2017 en collaboration avec Jean-Emmanuel Belot.

Annabelle Chambon a également participé à trois créations de Coraline Lamaison.

 

Les Français Cédric Charron et Annabelle Chambon, qui se sont rencontrés en 1999, à Bruxelles, forment une paire d’interprètes d’exception de Jan Fabre.

De spectacle en spectacle, ils ont tracé une ligne claire de haute intensité. Ils ont hissé le théâtre pulsionnel du Flamand à des sommets de lisibilité dans l’excès.

Un travail de don et de patience où l’instinct prend sans cesse le pouls de la technique pour foncer plus loin.… les tempéraments de Cédric Charron et d’Annabelle Chambon ont explosé au gré de la gamme d’exploits théâtraux toujours plus féroces proposés par Fabre.

A ces performeurs d’élection, Jan Fabre a offert des solos beaux comme des cadeaux. 

Rosita Boisseau - Le Monde 11 mars 2016

 

 

EQUIPE DE CREATION

Renaud Cojo : Concepteur de Projet, Metteur en scène

David Chiesa : Conception de l’orchestre / Référent musique

Interprètes : Annabelle Chambon, Cédric Charron

Musiciens : Camille Emaille (Percussion, Batterie), David Chiesa (Contrebasse et cadre de piano amplifié),  Erik M (Electroniques et platines), Thimotée Quost (Trompette environnée), Mathieu Werchowski (Violon et alto)

Eric Blosse : Scénographie et lumière

Laurent Rojol : Création Images + Créateur Diffusion sonore.