A L'ENNEMI QUI NE M'A PAS LAISSE LE TEMPS DE LE TUER

 

Un roman de Renaud Cojo / Editions Moires / Septembre 2019

Comme il est dit quelque part dans ce roman, toute la chanson française ne porte qu’un titre : Trahison mon amour. Il en est de même de la littérature mondiale dont le contenu entier pourrait facilement virer du côté de la vengeance. De Shakespeare à Dumas, de Corneille à Balzac, l’aventure romanesque est profondément imbibée de la fièvre justicière. Elle est le terreau de toute notre humanité. Ici, l’auteur ne veut pas rétablir un ordre juste, non. Il tient à ce désordre de nos vies et à l’équilibre instable qu’il doit en premier à son rapport au monde inscrit dans l’aberration de son propre corps physique.

 

Ayant fomenté une lourde vengeance contre celui qui justement avait proféré publiquement et par le biais d’un réseau social des insultes à son anomalie, il se souvient d'en avoir été autrefois l’adversaire éconduit. Une femme entre les deux hommes, et c’est toute une logique de destruction qui prenait racine. Dix ans, quinze ans avaient bien pu s’écouler dans le sommeil des tempêtes en gestation. Cette nouvelle invective publique, quelques semaines plus tôt, avait ravivé le nœud d’un châtiment en marche. Rendre le mal par le mal. Mais alors que dans ses insomnies, il construisait les prémisses de représailles cruelles, il apprend un soir et via ce même réseau social, la mort de son ennemi. Par accident. Une maladie. Profondément choqué de cette nouvelle qui ne lui permet pas de tenir lui-même sa vengeance jusqu’à un terme, il s’enferme dans ses obsessions et renonce à toute autre option que de poursuivre, malgré tout, son processus de châtiment. La vengeance au-delà de la mort ?

 

Ce récit, écrit à la première personne, entraîne le lecteur, de Bordeaux jusqu'au cœur d’une nuit noire entre  les massifs Aveyronnais, dans un enfermement infernal au dénouement tragique.